La petite saison des pluies pourrait être moins arrosée que prévu dans le sud de la Côte d’Ivoire. Dans une note d’information couvrant octobre à décembre 2026, la SODEXAM alerte sur les conséquences possibles d’El Niño. Agriculture, approvisionnement en eau, électricité et santé sont concernés. Les populations devront aussi rester vigilantes face aux inondations.
Des cultures qui manquent d’eau, des ménages confrontés à davantage de chaleur et des barrages moins alimentés. C’est le risque que fait peser l’évolution d’El Niño sur la Côte d’Ivoire, selon la SODEXAM ( Société d’Exploitation et de Développement Aéroportuaire, Aéronautique et Météorologique de Côte d’Ivoire). Dans sa note d’information à la presse, la structure chargée de la météorologie nationale indique que l’épisode suivi depuis juillet 2026 devrait se renforcer entre octobre et décembre, puis persister jusqu’au début de l’année 2027. Au sud du pays, il pourrait entraîner des pluies inférieures aux quantités habituellement enregistrées pendant la petite saison des pluies.
Derrière le nom El Niño se trouve un phénomène qui prend naissance à des milliers de kilomètres des côtes ivoiriennes, dans l’océan Pacifique. Les eaux de surface de sa partie équatoriale centrale et orientale deviennent anormalement chaudes. Habituellement, des vents appelés alizés poussent les eaux chaudes vers l’ouest, en direction de l’Asie. Lorsqu’ils faiblissent, ces eaux s’étendent davantage vers le centre et l’est du Pacifique. Ce changement déplace les zones de formation des pluies et modifie la circulation de l’air à grande échelle. Ses effets peuvent ainsi se faire sentir bien au-delà de cet océan.
Un océan qui se réchauffe aussi loin peut donc influencer la pluie qui tombe sur une plantation ivoirienne. Mais les conséquences varient selon les régions et les saisons : certaines connaissent davantage de précipitations, d’autres des conditions plus sèches. El Niño est un phénomène naturel qui se produit sur fond de réchauffement climatique, lequel peut amplifier certains de ses impacts. Pour connaître les risques locaux, les prévisions nationales restent essentielles.
En Côte d’Ivoire, la SODEXAM attire particulièrement l’attention sur l’association possible d’un manque de pluie et de températures élevées. Dans les plantations, cette combinaison peut fragiliser les cultures. Le « stress hydrique » signifie que la plante ne dispose pas d’assez d’eau pour satisfaire ses besoins. Le « stress thermique » désigne les difficultés qu’elle rencontre lorsque la température devient défavorable à son fonctionnement. Autrement dit, les cultures pourraient manquer d’eau tout en subissant une chaleur excessive.
Les rendements agricoles pourraient baisser
Le cacao, le café, l’hévéa et le palmier à huile figurent parmi les productions citées par la SODEXAM. Dans les zones les plus exposées, leurs rendements pourraient diminuer. Pour les familles qui vivent de ces plantations, une baisse des quantités récoltées peut se traduire par des recettes réduites, selon l’évolution des prix. Les dépenses du ménage, les frais de scolarité ou l’entretien de l’exploitation peuvent alors devenir plus difficiles à couvrir.
Le communiqué ne chiffre toutefois aucune perte et ne donne pas de liste détaillée des localités les plus menacées. Il présente un risque à anticiper. Ses conséquences dépendront notamment des pluies effectivement reçues, de leur répartition et des conditions propres aux exploitations. Pour les producteurs, suivre les bulletins météorologiques et les conseils des services agricoles permettra d’adapter les travaux aux conditions locales.
Moins d’eau disponible
Les effets possibles dépassent les champs. En effet, la société de météorologie prévient qu’une diminution des précipitations pourrait réduire les apports en eau dans certains grands bassins hydrographiques. Ces bassins sont les territoires où les eaux de pluie se rassemblent pour alimenter un même fleuve et ses affluents. La note cite notamment le Bandama, le Sassandra, la Comoé et le Cavally.
Lorsque moins d’eau rejoint les retenues utilisées pour produire de l’électricité, la production hydroélectrique peut être sous pression. Dans le même temps, la chaleur peut accroître les besoins en eau potable et en électricité. En ville, les ventilateurs et climatiseurs risquent d’être davantage sollicités. Les services d’approvisionnement pourraient donc devoir répondre à une demande plus forte dans des conditions moins favorables. Le communiqué n’annonce cependant ni coupures d’eau ni délestages : il signale une pression supplémentaire possible sur ces secteurs.
Certaines populations plus exposées que d’autres.
La chaleur constitue aussi un enjeu pour ceux qui travaillent dehors. Agriculteurs, ouvriers de chantier, vendeuses et vendeurs de rue peuvent être exposés pendant de longues heures. Dans les logements peu ventilés, elle peut également devenir difficile à supporter. L’Organisation mondiale de la Santé rappelle que l’exposition excessive à la chaleur peut entraîner un épuisement, un coup de chaleur et aggraver certaines maladies. Les enfants, les personnes âgées et les personnes déjà malades demandent une attention particulière. Boire régulièrement de l’eau, rechercher l’ombre et limiter les efforts aux heures les plus chaudes font partie des mesures de protection recommandées.
La SODEXAM appelle par ailleurs à la vigilance face à la combinaison de chaleur, de sécheresse et de poussière, notamment dans les régions habituellement exposées à la méningite. Cet avertissement ne constitue pas l’annonce d’une épidémie. Il invite les services concernés et les populations à suivre l’évolution des risques sanitaires.
Une autre précision mérite d’être retenue : « El Niño ne signifie pas absence totale de pluie », insiste la SODEXAM. Une saison peut recevoir moins d’eau qu’à l’ordinaire et connaître, malgré tout, quelques averses violentes. Le total des pluies sur plusieurs mois et la quantité qui tombe en quelques heures sont deux choses différentes.
El Niño ne signifie pas absence totale de pluie
SODEXAM
Ainsi, une forte pluie concentrée sur un quartier peut provoquer des ruissellements et des inondations, même pendant une saison globalement déficitaire. Dans les villes, la vigilance doit donc rester de mise, particulièrement dans les zones où l’eau s’évacue difficilement. L’annonce de pluies moins abondantes ne dispense pas de l’entretien des caniveaux ni du suivi des alertes météorologiques.

Face à ces risques, la SODEXAM invite les populations, les acteurs économiques et les responsables sectoriels à consulter régulièrement les prévisions et les bulletins de vigilance. Elle indique que la Direction de la météorologie nationale assure un suivi permanent de la situation. Pour les exploitants agricoles comme pour les ménages urbains, ces informations devront permettre d’ajuster les activités au fil des semaines. Aux services concernés de les rendre accessibles jusque dans les villages et les quartiers les plus exposés.
Emmanuella F. Moro


